Deux ans pour faire dialoguer chercheurs et entrepreneurs : retour sur une aventure humaine et scientifique portée par le projet AcceSS

Incubation / Accélération

Faire collaborer deux mondes qui se connaissent peu

Pendant près de deux ans, La Fabrique, le Cirad et le CNRST ont travaillé à construire quelque chose d’encore rare : de véritables collaborations scientifiques entre chercheurs et entrepreneurs sociaux. L’idée paraît simple sur le papier. Pourtant, dans la réalité, faire travailler ensemble le monde de la recherche et celui de l’entrepreneuriat demande un important travail de médiation, de traduction et de confiance.

Les temporalités sont différentes. Les méthodes de travail aussi. Les chercheurs travaillent autour de protocoles, d’hypothèses et de validation scientifique. Les entrepreneurs, eux, sont confrontés à l’urgence opérationnelle, aux réalités du marché, à la pression économique et aux besoins immédiats de leurs clients.

Pendant longtemps, ces deux mondes se sont peu fréquentés. C’est précisément pour répondre à cet enjeu que le projet AcceSS a souhaité créer un mécanisme permettant de rapprocher chercheurs et porteurs d’innovation afin de développer des projets de recherche collaborative ancrés dans des problématiques très concrètes de terrain.

Ouvrir la recherche aux besoins des entrepreneurs

Le projet AcceSS (« Accélérer les dynamiques d’innovation dans l’agriculture par le renforcement des Services Support à l’Innovation ») vise notamment à renforcer les liens entre incubation, recherche, conseil agricole et formation afin de favoriser des dynamiques d’innovation plus ouvertes et collaboratives.

L’ambition portée par le projet est forte : ouvrir les laboratoires, favoriser la co-création entre chercheurs et entrepreneurs et permettre à des innovations locales d’accéder à des ressources scientifiques souvent difficiles à mobiliser pour les PME et entreprises sociales. Pour y parvenir, un fonds dédié aux projets de recherche collaborative a été créé dans le cadre du projet.

Mais avant même le financement, il a fallu inventer une méthode capable de faire émerger des collaborations pertinentes et réalistes. Identification des défis techniques, analyse de faisabilité, mobilisation d’équipes de recherche, co-construction des protocoles, validation scientifique, contractualisation… tout un processus a été progressivement structuré par les équipes du consortium. Ce travail a demandé un important effort collectif : apprendre à se comprendre, construire un langage commun, clarifier les attentes de chacun et trouver des formats de collaboration adaptés aux réalités des entrepreneurs comme des chercheurs.

Pour La Fabrique, cette expérience a également été extrêmement enrichissante. Elle nous a permis de mieux comprendre les réalités du monde de la recherche, ses contraintes, ses méthodes et ses enjeux, mais aussi de réfléchir à de nouvelles façons de construire des ponts entre innovation scientifique et entrepreneuriat. Cette collaboration avec les équipes du Cirad et du CNRST a été particulièrement stimulante et instructive, tant sur le plan humain que professionnel. Elle a aussi confirmé qu’il existe un véritable potentiel de coopération entre ces différents univers lorsque les conditions de dialogue et de confiance sont réunies.

Cinq collaborations scientifiques désormais lancées

Aujourd’hui, ce travail de longue haleine a permis la signature de cinq contrats de collaboration scientifique entre des entreprises sociales burkinabè et des équipes de recherche. Ces collaborations portent sur des problématiques très concrètes :

• la caractérisation nutritionnelle des purées infantiles de Doux Goûts
• l’évaluation scientifique de l’efficacité des sprays anti-moustiques des Jardins d’Eve
• l’optimisation du charbon écologique de Burkina Ecolo Tech
• le développement de formulations cosmétiques pour Ragussi
• des recherches autour de l’alimentation du “Poulet du Faso” portées par Agrocorp et La Bicyclette

Derrière chacun de ces projets se trouvent des enjeux stratégiques importants pour les entreprises concernées : amélioration de produits, renforcement de la qualité, crédibilité scientifique, accès à de nouveaux marchés, optimisation technique ou encore développement de nouvelles solutions adaptées au contexte local.

Une dynamique qui dépasse les cinq projets financés

Au-delà des cinq collaborations actuellement mises en œuvre, cette expérimentation ouvre aussi des perspectives plus larges pour l’écosystème burkinabè de l’innovation. Le projet AcceSS cherche en effet à démontrer qu’il est possible de construire des formes de recherche plus ouvertes, plus connectées aux besoins du terrain et plus utiles au développement économique et social.

L’objectif n’est pas seulement de financer quelques études, mais de faire émerger progressivement une nouvelle manière de travailler entre recherche, innovation et entrepreneuriat. Une dynamique qui demande du temps, de la confiance et beaucoup de dialogue… mais qui pourrait, à terme, permettre à davantage d’innovations locales d’accéder aux ressources scientifiques dont elles ont besoin pour changer d’échelle et renforcer leur impact.